« Bonjour Monsieur,
exercice délicat ce matin. Vous écrire tout en tentant d'occulter le fait que je vais vous donner ce texte à lire. Faire en même temps un travail d'écriture personnel, pour mon propre compte.
Un texte qui finira sur l'un de mes blogs-test. Un de ces lieux où je mets mes travaux dans une optique plus générale, celle de faire des livres. »
C'est ainsi que Léa démarrait son courrier ce jour-là. Un peu amusée, tout de même. Etrange idée qui l'avait encore traversé. Elle imaginait l'effet curieux que cela devrait faire au
réceptionnaire. Drôle de lettre. Amusant exercice. Et les lecteurs, qu'en penseraient-ils ?
Elle reprend :
« A votre avis, croiront-ils vraiment que je vais Vous envoyer ça ? Ou bien penseront-ils plutôt à un subterfuge d'écriture ? Le doute sera là, patent. Mais Vous et moi
savons... »
Et pourquoi écrire cette histoire ? Par jeu ? Peut-être. Léa est joueuse, ingénieuse. Mais je crois surtout qu'elle a trouvé là le moyen de contourner une difficulté. En effet, il est difficile
parfois de se dévoiler. Et la jeune femme a la vague impression que son partenaire n'a pas l'intention de lui faciliter la tache. Il sait ce qu'il veut et il est inutile de tenter de tergiverser
avec lui, cela ne prend pas. Léa ne fait pas semblant pourtant. Il lui reste deux solutions : ou elle l'accepte tel qu'il est (et se force un peu) ou elle s'en va jouer ailleurs.
Finalement il semble que la situation ne lui déplaise pas ; l'homme a du tempérament et ne s'en laisse pas conter. Une des premières choses qu'il lui a dit : « Je vous veux rampante et
suppliante. » Ben voyons, il s'emmerde pas lui ! Enfin, au moins il assume. Probablement le genre à se contreficher de ce qu'on peut dire et penser à son propos. Quand à Léa, elle aime ça et
la petite phrase lui est bien restée dans le crâne. Si elle doit ricaner, c'est d'elle-même, vu que c'est décidément le genre de choses qui la trouble...
Mais tout de même : « Rampante et suppliante... » ? Et pourquoi ferait-elle ça ? Pour ses beaux yeux ?... Hmmm, c'est une idée qui se défend. Un autre agissant de la sorte, avec une
telle économie de moyens, ne l'aurait probablement pas revu. Mais ce n'est pas un autre. C'est Lui. Et finalement même si ce n'est pas ce qu'elle cherchait au départ, il semblerait qu'elle y
trouve son compte. Et puis, au moins, elle ne se fait pas d'illusions. Ce qui n'est peut-être pas plus mal et convient plutôt bien au contexte.
« A plat ventre ou rien ? » Décidément, vous en avez beaucoup des comme ça ? Si seulement c'était si simple, cela se saurait n'est-ce pas ? Mais j'ai pensé à vous. Je pense beaucoup
à vous. Et j'y prend un certain plaisir. Voire un plaisir certain. Qu'ai-je donc été imaginer ? Là, cela se corse. Comment vous dire ça ? C'est délicat. Sourire. Mais si la partie m'intéresse, il
faut bien que je vous donne quelque chose, afin que vous y trouviez aussi votre compte. Autrement pourquoi continueriez-vous ? Et me voici donc... Nous n'en sommes pas si loin. De quoi donc ? Je
vous laisse deviner. ^^
A la question : « quel genre d'obéissance attendez-vous ? », je me suis pris en réponse : « Téléphonez-moi. ». J'aurais dû m'en douter. Je déteste ça et vous le savez en
plus. Mais à nos échanges pour l'instant quasiment uniquement « épistolaires », c'était là une réponse ancrée dans les faits. Je vous signale au passage que je ne suis toujours pas
comédienne. Ah, il ne s'agit pas de jouer un rôle mais juste de faire ce que Vous dites ? Heu, oui, c'est une façon de voir...
M'enfin je maintiens que « Enculez-moi Monsieur » est plus facile à écrire qu'à dire. Je viens de le faire d'ailleurs. Encore que ce ne soit pas trop dangereux au téléphone.
Reste que dans le réel, s'il devait advenir, je pourrais difficilement vous échapper. Que ce soit dans les mots ou les actes. A ce moment là je dirai et ferai ce que vous voudrez. Et si je
tentais de me défiler, vous saurez me convaincre... avec mon consentement, en plus.
Mais dans quoi est-ce que Léa s'embarque ? A quel genre de mec a t-elle affaire ? Un ne s'embarrassant pas de principes, apparemment. Cela étant elle ne s'est pas enfuie. Même mieux, elle a dit
souhaiter lui appartenir. A quoi il a répondu de savoir qu'il en abuserait. Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Lui a t-elle posé la question ? Comme de toutes façons il répond quand ça lui
chante...
« Il faudra tout de même bien que vous me disiez de quoi vous parliez. Vous ne ferez que ce que vous voudrez bien et au moment qui vous conviendra ? Oui, ben ça, j'avais deviné, merci.
Cela étant si sa seigneurie voulait bien se fendre d'une petite explication, j'apprécierais... Ne serait-ce que pour me donner matière à vous satisfaire (voilà un argument imparable, vous ne
trouvez pas ?- Oui, oui, je sais. Vous ne voyez, n'entendez et ne prenez acte que de ce qui vous convient- Je maintiens tout de même que vous avez là une occasion de m'aider à vous en donner
plus.- Oui, oui, oui et oui, bien sûr, vous savez ce que vous avez à faire -et surtout ce que vous consentez- Je n'en doute pas.)
Léa sourit. Elle tient là auprès d'elle un de ces rares personnages capables de stimuler son imagination et son désir. Et cela en restant Lui, intégralement. Le moine est toujours resté lui-même,
mais il donnait tant. L'Ange n'avait qu'à Etre, ses qualités étaient immenses. Mais là, pourquoi ? Le tempérament ? Evidemment, c'est la raison première. Et une constante chez les trois.
Seulement cela n'explique pas tout. Le physique ? Bien sûr, ça aide. Cependant, en soi, cela ne suffirait pas.
J'en reviens donc au tempérament, à la nature, au charisme. C'est bien cela que Léa recherche. Aussi curieux que cela puisse être, cela lui permet de se sentir bien et d'être plus créative.
Mais quoi d' autre dans ce cas ? Le respect ? Je crois que c'est une notion à redéfinir. Rien de choquant en tous cas jusque là. Le respect, peut-être... Celui qui laisse une certaine
liberté de ton et d'action. D'expression. Puisque nul jugement n'est prononcé. En même temps, vu le peu de paroles, y'a pas trop de risques pour l'instant.
« J'imagine sans vous connaître le genre de personne que vous êtes. A vous moquer du jugement des autres et avoir autre chose à faire que de perdre votre temps à en porter un sur autrui.
Je n'en sais strictement rien en fait, mais jusqu'à présent, rien qui puisse brimer mon expression. C'est peut-être ça le truc, finalement. Un certain tempérament allié au non-jugement. Je peux
retrouver cela chez vous trois. Même si les relations sont très différentes. Mais l'on ne reproduit jamais, c'est impossible. Le non-jugement serait-il une forme de respect ? Le respect lui-même
étant une notion toute relative. Le moine m'a fait quelques très beaux sales coups. Je ne l'en aimais pas moins. Et ne me suis pas privée de mon côté. Les chocs en retour se faisant parfois
discrets. Un peu à la Brassens : « Une jolie vache déguisée en fleur. ». Il n'en étaient pas moins piquants pour autant. »
Léa spécule. Si l'on peut une connaître une personne par ce qu'elle dit ou fait, il doit être faisable de se baser aussi sur les non-dits et non-actes. Au risque de se tromper. Mais au moins elle
s'avance. Il lui reste à espérer qu'elle ne se trompe pas. Auquel cas son histoire pourrait trouver le mot « fin » un peu plus vite que prévu. Mais seul le présent compte. C'est à cet
instant que les choses se font ou se défont.
Mais, mais, mais, la jeune femme écrit, écrit, écrit... et s'est débrouillée pour éviter le sujet sensible. Ah le beau mail que voici, Monsieur ne pourra pas dire que sa prétendante s'est fichu
de lui. Pas sûr... elle a tout mis, sauf ce qu'il attendait. L'a t-elle fait exprès ? Non, bien sûr. L'exercice lui reste décidément difficile. Elle fait encore un détour en passant, par goût de
la provocation :
« Au fait, c'était quoi déjà la question ? -(Je ne peux même pas aller vérifier, mon modem m'a lâché. Explication de mon absence et donc de mes « promesses non tenues » glissée
subrepticement ici) Ce que mon cul dirait ? Réponse : qu'il n'est pas prêt ! Peu vous importe ?... Il me semble que j'ai oublié de Vous demander ce que Vous diriez si, tout à fait par hasard, ma
main droite venait saluer un peu brusquement votre joue gauche... »
Qu'est-ce donc que ce texte ? Une histoire, un courrier, les deux ? Je sais que certains de mes lecteurs aiment cela. Il est possible que cela satisfasse leur côté voyeur. Cela signifierait alors
que je suis exhibitionniste. Mais n'est-ce pas le propre de tous les auteurs ? Ou simplement de chacun de nous ? Ah non, car dans ce cas le partenaire n' a rien de cela, vu comment il est
difficile d'obtenir qu'il s'expose. A moins qu'il ne l'ait fait, autrement ? Est-il seulement possible de se cacher si l'on considère que ce que l'on ne dévoile pas démontre aussi ce que nous
sommes ?
« J'en reviens à mes lecteurs. Parfois il aiment s'imaginer que mes mots leur sont directement adressés. Mais là, rendez-vous compte, c'est réellement Vous qu'ils concernent. Et si vous
le souhaitez ce ne sera pas qu'une histoire de lettres...
A plat ventre ou rien ? Ah oui, c'est vrai, j'ai failli oublier. Qu'ai-je donc été imaginer ?... C'est curieux comme tout à coup je me trouve face au syndrome de la page blanche. Je fais des
tours et des détours pour ne pas m'allonger. Je ne sais plus, j'ai oublié, les mots me fuient... Cela me fait donc si peur que cela ?
Mais moi, la narratrice, je sais. Un peu au moins. Léa a situé la scène dans un hôtel. Les détails lui échappent. Peut-être est-ce dû au fait qu'elle ignore ce que son partenaire a en tête. Mais
c'est fait exprès, pour qu'elle se montre. Pourquoi les dominants font-ils toujours ça ? Ne serait-il pas plus simple qu'ils prennent la direction des opérations et qu'il ne reste qu'à suivre ?
Visiblement non. Cela étant ils offrent à celles qu'ils accompagnent la possibilité de s'ouvrir, de se découvrir, de s'accepter. Et puis la difficulté fait partie du jeu et procure du plaisir. De
part et d'autre, certainement.
Et voici que Moi, narratrice, je digresse autant que Léa.
Elle a posé la scène dans un hôtel, disais-je. Il lui manque les détails... (un peu de courage que diable ! Décidément tous les prétextes sont bons.)
-
ça vient, ça vient. J'arrive. Sans les détails, alors, puisqu'ils n'y sont pas. Il manque des morceaux du puzzle. Pas grave, ceux qui restent permettent de se faire une idée.
Oui, oui, oui, deux secondes je vais y arriver. (En réel, ça risquerait de chauffer. Ce n'est pas de la mauvaise volonté pourtant). Donc une chambre. Lui, Monsieur. Elle, Léa. Et puis... (pas
grave les morceaux manquants, allez). Alors, dans le désordre :
A t-Il finalement pris la main de la demoiselle au visage ? A t-elle osé ? Quoi qu'il en soit, ordre de lui ôter son ceinturon. Exécution plus ou moins rapide. Aggravation plus ou moins nette de
la situation selon les cas. A moins qu' Il ne l'enlève lui-même. Que préfère t-elle ? Probablement qu'il s'en charge face à son regard, le geste est flippant à voir. Mais devoir l'enlever en
sachant à quoi cela va servir pourrait s'avérer très troublant. D'autant qu'il est vraisemblable que Léa « résisterait » pour le faire. Avec des « non, s'il vous plait », mots
qu'elle prononcera dans tous les cas de toutes façons. Peut-être qu'une fellation spontanée interviendrait à ce moment. Pour tenter d'éviter la correction.
Comment en arrive t-il à lui lier les mains ? Où ça ? Aux montants du lit, peut-être ? Tandis qu'elle est au sol. Pourquoi ? Parce qu'elle ne se laisse pas faire ? Rester tranquille pendant que
ça tombe ? Pas son genre. Compter ? Encore moins... S'il a ça en tête, ils ne sont pas au bout, parce qu'elle ne tiendra pas le choc. Et en sera probablement incapable de toute façons.
La suite est plus délicate encore. Manque des morceaux, toujours. Heureusement que ce n'est que du scénario. Léa n'a pas l'air con, si Monsieur la prend au sérieux. - et voici comment avoir l'art
de se montrer tout en essayant de rester couverte.-
Oui, oui, oui, oui, oui... Heu... Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Je n'en sais rien. Simplement arrive un moment où il s'en va chercher quelqu'un. Revient peu après avec un autre homme. Si Léa
a de la chance, elle aura au moins les yeux bandés. Aucune envie de voir la personne en question. Le seul qui compte c'est celui qu'elle a choisi pour partenaire. Et qui peut se permettre ce
qu'elle n'autoriserait à personne d'autre.
Mais dans ce cas précis, le problème n'est pas là. L'inconnu veut être sûr que la fille est consentante. Et si Léa souhaite faire ce que son dominant attend d'elle, là c'est un peu fort. Ce
dernier lui conseille à l'oreille de se montrer convaincante... Rien du tout ! Pas question !
A la place, elle se jette plutôt à ses pieds en lui demandant de lui épargner ça. Après, elle peut toujours tenter d'expliquer au second qui a tout vu qu'en fait elle est d'accord mais ne veut
pas avoir à le dire. Il risque d'avoir du mal à y croire. Surtout si de fait Monsieur a dit un truc du genre : « Débrouille toi pour qu'il marche. » Pour le coup c'est loupé et
l'inconnu ne veut rien avoir à faire là-dedans. Il s'en va.
Que se passe t-il alors ? Monsieur peut profiter de la situation encore un peu. Il n'est pas satisfait puisque n'ayant pas obtenu ce qu'Il voulait. Rampante et suppliante ? C'est le moment ou
jamais. Comment se faire pardonner ? A genoux et en se répandant en excuses ? Il risque de ne pas trouver cela suffisant. Il peut sortir de la pièce et pousser un peu plus. La mener à réitérer
dans le couloir. A plat ventre ou rien ? Pourquoi pas ? En vrai, c'est injouable ça. Si ? Heu... ouais, à voir.
Quoi qu'il en soit si la scène devait se produire un jour, que Léa y parvienne ou non, s'il est un minimum réglo il ne la laissera pas sur un final aussi dur. Surtout en sachant qu'elle est de
bonne volonté. S'il le faisait, la jeune femme ne lui pardonnerait probablement pas. A moins qu'il ne cherche à se débarrasser d'elle. Ce qui serait une façon assez lâche et minable de s'y
prendre. En tentant de lui faire avaler que c'est de sa faute à elle.
Donc dans tous les cas, retour dans la chambre et une réconciliation finale. Toujours terminer sur une note positive. Ou au moins, pas de couperet définitif. Surtout pas pour une simple
incapacité. Ni même pour une faute. Autrement c'est trop dur. Et le but du jeu reste de se faire plaisir. Pour les deux. L'important n'est-il pas qu'il y ait progression ?
Et voilà, je crois que je suis au bout. Heureusement que je suis là, Moi, la narratrice. Car s'il fallait écouter Léa nous en serions encore à ses bégaiements.
« Mais qu'est-ce qu'elle raconte ? Ne l'écoutez pas Monsieur. Vous savez bien qu'elle et moi ne faisons qu'une. Et que nous sommes toutes à Vous si vous le voulez. Ceci n'est qu'un
début. Espérant avoir pu vous plaire et vous satisfaire... Egalement avoir engrangé quelques points d'avance pour que vous en teniez compte les fois où les performances ne seront pas à votre
goût. »
Amis lecteurs, sachez que la suite de cette histoire est entre Ses mains. S'il existe.
« Monsieur, je vous souhaite une bonne journée. A très bientôt. »
Reine.